pluésie

POÈMES LGBTQI+

À Alua

J’avais quinze ans à Alua

Cachée sous mon large Targui

– de nuit, filant petite gouape

 

Sur le tranchant de l’ennui.

J’avais quinze ans à Alua

La soif de chair et de vie

 

J’en ai mangé des kilomètres

Frêle sur ma jambe de bois

J’avais quinze ans à Alua

 

Ses sentiers bordés de buis

J’avais quinze ans à Alua

J’allais partager mes agapes

 

Glissée dans les mêmes sapes

Toutes couvertes de suie

J’avais quinze ans à Alua

 

Sous les ténèbres infinies

Où la cascade vermeille

Miroitait à grand bruit

 

J’avais quinze ans à Alua

J’offrais mon corps à minuit

Les flots me donnaient l’escape

 

Qui s’enfuyait alors ravie.

J’avais quinze ans à Alua

Sur le tranchant de l’envie

 

J’avais quinze ans à Alua

Nu cœur sur les cailloux gris

 

J’avais quinze ans à Alua

Pas une pierre n’a bougé depuis

 

 

15 ans, la rage de vivre et le cœur au bord des lèvres, prêt à dégobiller toute la haine qu’il tente de supporter. C’est la découverte de soi-même dans le vortex d’ultra violence qui berce cet âge de raison. C’est la tendresse et la passion. La découverte du désir, une porte ouverte sur de nouveaux horizons. C’est le secret drapé de nuit qui se love le jour au creux des tripes, c’est l’innocence grisée, un avant-goût aussi de liberté.

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1 Commentaire
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Gilles
2 mois

Bravo pour ce morceau de poésie et cette évasion avec des accents d’ailleurs. Il me donne le sentiment d’un voyage… Lire la suite »

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