pluésie

POÈMES LGBTQI+

La pieuvre

la pieuvre
un trou
en te jartant, j’ai jarté autre chose
organe feu
mis au tapis
plus rien dans le ventre
un ni chaud ni tiède ni tiède
une appréciation extérieure des traits
en te jartant avec raison
tu as piqué un truc
que tu disais avoir retrouvé avec moi
voleuse
plus rien dans le bas
que l’écoulement par trace
mécanique
et le lendemain faut re-changer le linge


je tache
on m’a dit que j’avais taché
j’ai jarté, je me suis tachée
serrer le robinet serré
aucune peau ne me parle
comédons bouclier
un truc qui a touché le fond
l’irréversible le fer bleu


je lave
je me touche pour me laver
mon corps est vierge et détourné
il ne fait que des ronds
il cherche la pieuvre qui est partie
qui lui tenait chaud dedans
cet été elle a pris une bouée
plus vue
ça gratte seulement
depuis qu’elle est dehors

 

 

Manon Alla explore les espaces politiques de l’intime. Elle aborde les thèmes de l’extimité, de lien au vivant, d’empowerment.

L’écriture comme matière ; incarnée dans la page, la voix et le corps. Ses pièces prennent la forme de spectacles, de vidéo-poèmes, d’installations performatives, d’éditions. 

La Pieuvre a été écrit·e l’été 2020 à Marseille, après une dernière rupture. 

Il fait partie du livre de poésie Le Ciel a besoin d’espace.

 

 

Trans-parents

Enveloppe ou paravent ?
Ce brouillard est partout,
Barrière entre eulles et nous
La marche des siècles
Dans la pudeur et l’invisible
Fausses joies plus que parfois
Histoire de ternir encore le tableau


(suite…)

Rudy song

À la tombée des soirs

Longer les quais de Seine

À l’oraison des bars

Sous l’aveu du brouillard

S’accouder là où la pierre saigne

 

C’est aux lendemains d’Ivoire

Qu’on reconnaît l’effroi qui traîne

Qu’on n’est rien au hasard

À n’siroter que le goût du buvard

À s’épancher où le fleuve appelle

 

C’est un constat d’usure, tu dis

Tu as les murs en déroute, Rudy

Et si le vin noie les doutes aussi

La pluie qui goutte à goutte t’oxyde

 

(suite…)

Beaux-arts

il
sort du musée, soudain
comme on sort d’une éclaboussure
il s’était bien mouillé la nuque
échauffé ses pupilles
avant que de se
laisser prendre par l’essence


(suite…)

Incarner le trouble

Mes cheveux mèches de feu crament ta Garonne, sous les peupliers les araignées tissent des toiles aux premières loges

 

Mes cocktails sont Molotov, mes hanches sont fichées S, aux terrasses rouges et noires la nuit renvoie ses regards qui brillent de sexe

 

Capillaires tentacules : je te branle avec

 

Je traque vos repaires et brouille les pistes pour que jamais vous ne trouviez le mien

 

(suite…)

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